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lundi 8 janvier 2024

poètes et noms d'oiseaux : dernier poème de l'an 2023

 

les poètes véritables, on ne les reconnaît pas, ils savent tout des choses avant que les choses soient dites

ils ont des intuitions lancinantes qui parcourent et lèchent leur corps, de l’intérieur

leur corps est un moment manifesté d’une longue phrase invisible

c’est pourquoi les poèmes véritables n’ont ni début ni fin, ce sont des apparitions


les poèmes des poètes véritables sont les préVisions des fourmis que sont les chercheurs véritables

les chercheurs-fourmis inventent des mathématiques et des vocabulaires pour dire et expliquer

sans quoi les poètes véritables et leurs poèmes d’intuitive beauté passent pour fous et autres noms d’oiseaux


les poètes véritables et les fourmis chercheuses n’ont rien contre les noms d’oiseaux – ce sont eux qui les inventent

ils s’éloignent par prudence de ceux qui les profèrent et poursuivent leur marche

à l’amble et en amicale compagnie


les poètes véritables, on peut, par erreur, croire qu’ils sont un peu trop fiers et dédaigneux

ne s’étonnant de rien outre mesure sous des airs silencieux

ce serait grossière parole et triste aigreur que de répandre ces images

ce serait leur jeter des grains et des noyaux sur les cheveux, tirer à hue et à dia sur leurs ceintures, glisser des cailloux dans leurs souliers

car s’ils ne montrent aucune stupeur devant les choses c’est qu’ils en sont en même temps les découvreurs et la progéniture


paroles de fous émerveillés illuminés et sages, leurs poèmes sont les énigmes que les autres ahanent et dévoilent en majesté

mais les poètes véritables vivent et se meuvent au coeur des choses qu’il reste à dire et déchiffrer

ils sont nés de ces choses infinies si précises et précieuses

c’est pourquoi ils s’inclinent devant les rois-fourmis qui les révèlent et les révèrent


ainsi vont-ils, ensemble, par les chemins sinueux. Vous pouvez les croiser.

Soyez bons et emplis de gratitude envers eux

lundi 23 novembre 2020

portrait du poète

 

"Un poète est le plus utilitaire des êtres. Paresse, désespoir, accidents du langage, regards singuliers - tout ce que perd, rejette, ignore, élimine, oublie l'homme le plus pratique, le poète le cueille et par son art lui donne quelque valeur"

Paul Valéry (cité par J.M. Maulpoix dans "anatomie du poète" éd. José Corti)


urubu de l'existence, ramasseur à la pelle, balayeur d'âme ratée, raturée, extracteur d'épines,

femme de lavoir, à genoux, pique-bœuf de peaux abîmées de chagrin, releveur de seaux au fond des puits,

soignant du quotidien larvaire, éboueur plein d'odeurs et de bruits,

femme-de-ménage des coins oubliés, nettoyeur des accidents d'humeur, toiletteur des petites et grandes morts

ramasseur des minuscules gravillons et coquilles sous nos ongles rongés,

lombric, bousier nécrophage de nos sensations honteuses,

musicien des rues penché sur nos sons tombés à terre, collecteur de perles et de merde dont faire des colliers de chants et d’émeraude, des papillons d’un jour à poser sur nos pare-brises et nos para-vies,

le poète-urubu

mal soigné mal peigné l’hirsute, l’agneau de dieu athée, sans dents à la langue pendue

les paumes ouvertes à nos cicatrices, le ventre et le cœur vides, l’esprit mou, le corps lent

l’absorbeur

valéry est génial et guindé qui ne dit de mots gros alors l’urubu se charge de ce que paul le guindé perd rejette ignore élimine oublie , l’urubu prend l’allure de catherine pozzi

il vient du ciel, il grogne coasse aboie il s’égosille, fouaille les carcasses de nos chairs métalliques, nos vide-poche, nos masques et morves

et il chante nous envole orpailleur des égouts

il chante

il chante

la femme-de-lavoir elle bat le linge blanc savonneux elle chante le dos cassé elle chante


et l’oiseau gris cendré

en son bec

porte loin

le chant cassé

le très haut amour

le chant cassé



© anne jullien

01/11/2020

vendredi 24 avril 2015

il pleut des poètes

Il pleut des poètes je n'ai pas le temps
de les prendre dans mes mains et de les jeter
à la volée il pleut des poètes sauterelles
ou grenouilles ou papillons ils sont fous
je les bois ils m'enivrent à l'oubli à force
ils se glissent barques dans les rivières
et les veines de moi à toi au monde entre mes bras
ils sont fous ils s'échappent de leurs crânes et dans des langues
merveilleuses, il inventent ils inventent



11 avril 2015