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samedi 12 décembre 2020

poème sans paroles

 

écrire sans un mot, inarticulée,

saut de carpe et pas de biche


en cinquième position, tutu, échappée battue

écrire rauque et fluide


les mains corolle au-dessus du crâne

à terre chuter ramper sinuer


écrire en arpèges, contrepoint, équations mathématiques

et physique des fluides


écrire en remontant la rivière

épousant les ondes et les étrangères


les langues du cœur du clitoris du pancréas

suivre les traces des sangliers, le parfum roux du renard



signer tout ce que l’œil rond du rouge-gorge veut que je signe



11-12-2020

© anne jullien


mercredi 22 avril 2015

Le Poétisme : cinquième rouleau trouvé au lieu-dit Kérivoret, près du lavoir

Rouleau dit le Cinquième trouvé au lieu-dit Kérivoret, près du lavoir
Ce rouleau propose des accents plus
prophétiques et présente le Poétisme et son bras armé (le P(r)o(ph)ète) comme une parole en action violente et définitive vis-à-vis de ceux et celles qui n'en sont pas. Selon ces paroles nulle alternative et le tragique de cette absence de choix éclate au moment de la Mort puisque c'est à ce moment-là que tous les subterfuges seront dévoilés, dénudés et que les impies découvriront leur Sort éternel : les vers auxquels ils croyaient échapper... Les exégètes ne se prononcent pas sur le mode humoristique de certains axiomes. Même si, pour nombre d'incroyants ou de pseudo-poètes l'humour est le siamois de la pensée poétique, il serait étonnant que le Poétisme, en tant que Vérité Révélée s'amuse à ces amusements verbaux.


Que le Souffle Puissant de la Parole Chasse les Miasmes démocratiques et assoie Son Pouvoir dans les corps et les âmes pour les siècles à venir.

**************************

Versets, blasons, hymne

car il y aura parmi les morts les poètes, les adeptes, les soumis et les autres
tous seront traités selon leurs mérites et leurs fautes
que chacun lise et entende selon ses capacités

ceux qui auront parlé ou lu ou honoré la langue poétique dompteront les dauphins et chevaucheront les flots
transformés en volutes, fumées blanches, arabesques
sublimés en langage vaporeux, choses vagues et impératives
calligraphies subliminales ils deviendront les constellations et les rivières du ciel et de l'espace, les phrases du Livre que les terriens assoiffés déchiffreront tête et cous renversés

tandis que d'autres, les morts prosaïques tomberont à terre proie des vers et des lombrics

c'est le lot
le destin de ceux-là et des autres
le festin des vers et autres vers
car mourir pour le poète est musical

celui qui jamais n'aura été frappé par la hache poétique, renversé, mis à bas de son cheval, agenouillé par force et révélation,
celui qui voyant un arbre n'aura jamais vu qu'un arbre et à travers l'arbre ni symbole ni ondes ni forces ni énergies ni magie,
celui qui aura vivant seulement et simplement et banalement vécu, préférant l'effroi pur et cru ou la peau les frissons et les fruits, le sommeil et les travaux des jours , le métabolisme de vivre à toutes les métaphores
celui-là sera craché par la bouche du P(r)o(ph)ète
celui-là on crèvera l'abcès abject de son immanence
terre à terre il aura vécu à la terre il retournera

alors que les poètes et les disciples, enfants de poètes, imitateurs de poètes, sosies de poètes, bustes de poètes,
au son tempétueux des dix mille trompettes s'élanceront en colonnes alphabétiques et rimées vers les hauteurs oh les hauteurs
ceux-là pour qui la Poésie est Vérité
suave sublime subversive submergée apocalyptique et susurrée
unique stylo aiguille alêne épissoir par où creuser être creusé enfin Savoir Connaître ceux-là pour qui Poésie devenue unique Déesse a perdu à jamais son article commun, nom propre inaugural clé universelle et technologique de la Vie esthétique des hauteurs oh des hauteurs !
Ceux-là ah ceux-là oh oh ceux-là !!!


La Poésie est alchimie
c'est un pot ! C'est un bol ! C'est un wok !
Que dis-je, un wok ? C'est une casserole !
un chaudron un cratère où bout la matière de toutes les images et de toutes les musiques
la poésie est un brouet de feu de fèces de flammes et de fleurs coupées
la poésie frémit, entre en ébullition, déborde, sublime les épices et les goûts, transmute les choses et les formes
pour finir évaporée ! Brume d'eaux
nuages de doigts et d'ongles alchimiques
et retombe voile gazeux sur nos têtes et nos crânes

et ceux qui auront à cette sublimation culinaire
préféré les pique-nique en forêt l'automne marcher sur les feuilles craquantes ou molles terreuses un peu pourrissantes ou ramer à deux sur des barques d'infortune
ceux qui auront préféré cela les pique-nique et la vie de la roue et de la routine
ceux-là sont crachés par le cratère des volcans de la poésie
et que la lave du P(r)o(ph)ète les emporte et les avale au fond des gorges de l'oubli

c'est le lot
le destin de ceux-là et des autres
le festin des vers et autres vers

car la Poésie la Poésie la Poésie
trois fois
joyau insoluble de la Pensée universelle
source et delta
crâne et plantes de pieds

celui qui n'entend pas l'appel de la Poésie
il a des oreilles de chair



Donné au monde le 22 avril 2015

mardi 17 février 2015

siam

Le ciel ce qu'il en reste sous le gris
est terne et gris ressemble

à ce que Louis 14 en l'année mille six cent soixante six
cède à la Compagnie des Indes Orientales
- ces noms qui rêvent ! -
entre le port de Nantes et le port de Brest,
« des places vaines et vagues et inutiles »
où bâtir un chantier naval, une ville

et de là navigueront vers la Chine et l'Inde
le Royaume de Siam et l'île de Madagascar
des hommes et des goélettes, les beaux navires !
voguer, s'envoler, s'effrayer…
charmes et prestiges du commerce des rois

« des places vaines et vagues et inutiles » !
le souverain d'or écrit l'alexandrin mélancolique

et de ce port né d'un ukiyô-e plein de cales et de quais et de vaisseaux
sort majestueux, je l'imagine, le Soleil d'Orient, Premier créé
trois mâts, 60 canons et 1000 tonneaux !

le 6 mars 1671, voiles déployées,
cargaison grosse et de promesses et de richesses
premier palanquin d'Occident, le Soleil quitte Lorient
et pris dans une tempête
démâte

le Rêve et ses 3000 hommes rentre au port de La Rochelle
mauvais départ triste retour

vers les places flottantes

***

premier voyage premier présage, le Soleil
dix années plus tard sombrera
corps et biens sous la mer indienne

épices, étoffes de coton, tissus de soie d'or et d'argent
pierres précieuses -toutes offrandes de Phra Narai,
roi du pays sombre
à Louis le roi-soleil -
de Boispéan, capitaine de vaisseau,
mandarins de Siam au nombre de 20 ou de 3 selon l'histoire,
hommes d'équipage et missionnaire
eau douce, fruits et gibiers
deux éléphants d'or massif cousus de pierres précieuses

tout disparaît le 1er novembre 1681 au large de Madagascar
à jamais

le Soleil d'Orient, navire d'infortunes aux voyages empêchés
né le 6 mars en « terres vaines et vagues et inutiles »
riche de rêves et de trésors et de mort mystérieuse
sous les eaux sombre
et gît invisible épave de feuilles d'or et d'épices
où frayent entre les algues les poissons

le ciel et le Soleil ce qu'il en reste sous le gris…



16 février 2015

vendredi 6 février 2015

Le Poétisme : second rouleau trouvé au lieu-dit Kérivoret

Le second rouleau trouvé à Kérivoret présente des accents par endroits plus loufoques, la langue est plus relâchée, ce qui est étonnant voire inconvenant pour les tenants du Poétisme.
Et ce qui a pu amener certains exégètes à dire que les rouleaux dits de Kerivoret ne proviennent pas tous de la même source... Deux questions se posent : est-on en présence de plusieurs « receveurs » de la Parole et qui la traduisent à leur façon, selon leur propre idiome ? L'Innommé choisit-il de s'exprimer délibérément selon plusieurs niveaux de langage afin d'être entendu par le plus grand nombre ?

Que le Souffle Puissant de la Parole Chasse les Miasmes démocratiques et assoie Son Pouvoir dans les corps et les âmes pour les siècles à venir.

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second rouleau trouvé au lieu-dit Kerivoret

Versets, blasons, hymne


ceux qui bredouillent, bafouillent, bégaient, se présentent devant quiconque des cailloux plein la bouche, ne parlent pas la Langue Sacrée
on en fera les esclaves du Poète, ils Lui laveront et baiseront les pieds
leur dos et leur croupe, Il s'en servira de banc pour s'asseoir et se reposer sur le Chemin


le Poète n'use pas d'esclave sexuel, le poète est un humain Transcendental et Clairvoyant


au firmament plusieurs femmes sont pendues, épinglées aux étoiles ou flottent au sein de la Voie Lactée ; d'autres vivent nues et la main posée sur la poitrine à l'intérieur de coquillages dont elles sortent à l'occasion. Ces femmes sont les rêves et les hallucinations du Poète. Les autres femmes, celles qui vivent dans la rue, dans les cités, font le ménage et dirigent des entreprises, le Poète les dédaigne parce qu'elles ne sont pas à leur place et parlent et agissent à tort et à travers. Elles ont oublié qu'elles sont des roses, des épines, des sources, l'avenir de l'homme et l'origine du monde. Elles vivent et cela ne convient pas.



le Poète parle en guirlande les jours d'hiver


qui écrit que le Poète est aussi un Pote qui Pète est un blasphémateur



longtemps on a cru que les Voix du Poète et de l'Innommé étaient formulées par le vent qui traverse les forêts d'eucalyptus ou enfile en serpent les canyons et les fjords

on a parlé aussi des voix sous-marines des vagues ou des cailloux sous les mers, des friselis furtifs des poissons parmi les coraux

on a même colporté que la Poésie -glorifiée soit-Elle au long des Âges !- avait pris langue dans les beuglements des vaches ou les matinales des coqs, le margotage des cailles ou le piaulement des oiseaux marins

C'est faux.




Le Poète est le Roi de la Cité, ce n'est pas Lui qui à l'aube surgit des camions-bennes du service de répurgation des villes, ce n'est pas lui qui fait craqueler le sol de son marteau-piqueur.
Tout ce qu'Il observe, Il l'avale, ce qui est avalé devient le Chant du ventre. Que chacun l'entende et le loue !




celui qui ne se prosterne pas devant la Poésie et ses manifestations mourra piétiné

la Poésie est la Voix, la Voie, l'Oeil et l'Oreille


la Poésie est ce qui fouille les mystères et les brandit au jour
elle écartèle les esprits et fore les fronts
elle fait les gestes des fous et elle prend leur visage
elle est fractale et par fracturation polysémique elle fait exploser le sol et jaillir le pétrole la parole et les gazs
aussi dit-on que la Poésie est Levier, Grue, Carotte, Miraculeux Boniment
et que le Ciel est son ventre


chacun de vous porte un Poète entre son estomac et son foie
chacun de vous doit nourrir son Poète intérieur et jeûner pour le rendre aérien
vous ne devez pas manger d'aliments gras ni de bêtes stupides



la langue vulgaire nomme les choses, la Poésie non
la langue vulgaire appelle un chat un chat, la Poésie non
la langue vulgaire compte et désosse et parle du climat, la Poésie non
la Poésie vénère, désigne, sacre, cache et crache, révèle et innove
la Poésie vous regarde droit dans les yeux et parle à vos oreilles – entende qui entend !!
la Poésie c'est l'Hypnose et l'Hypnose est la Poésie
la Poésie a plusieurs noms la Poésie est Une

celui qui ne saisit pas l'ésotérisme de la Poésie servira de paillasson au Poète



Donné au monde le 30 janvier 2015

mercredi 4 février 2015

le Poétisme : premier rouleau trouvé au lieu-dit Kerivoret

Le Poétisme est la quatrième Religion révélée. Contrairement à ses avatars (les 3 religions monothéistes connues à ce jour), le Poétisme est une Religion moderne. Certains disent qu'il est la forme achevée de toutes les tentatives sacrées précédentes. Le Poétisme a longtemps été déguisé sous la forme païenne de poésie, afin de se propager discrètement par rhizomes chez les plus attentifs d'entre nous. Le Poétisme apparaît enfin au grand jour grâce à quelques gardiens courageux qui nous livrent ici des extraits du Texte Inspiré, reçu en rêve et retranscrit à l'aube, par un Anonyme, vraisemblablement dans la dernière moitié du siècle dernier.
Certains ne manqueront pas de considérer le Poétisme comme un blasphème vis-à-vis des autres religions ou comme une pantalonnade ou la preuve digne de carabins, que l'on peut créer une religion de toutes pièces et faire feu de tout bois. Ceci explique pourquoi le Poétisme a été tenu secret pendant des années. Il a souterrainement gagné en Force et ne craint plus, en ce jour, les calomnies. On remarquera que comme dans les trois Grandes religions précédentes, les constantes sont les mêmes en ce qui regarde le Pouvoir, les femmes et l'Univocité malgré les paradoxes inhérents à Toute Vérité.

Aujourd'hui, espérons que chacun ait le courage de recevoir Le Verbe... D'autres versets seront semble-t-il mis à jour prochainement.

Que le Souffle Puissant de la Parole Chasse les Miasmes démocratiques et assoie Son Pouvoir dans les corps et les âmes pour les siècles à venir.

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premier rouleau trouvé au lieu-dit Kerivoret

Versets, blasons, hymne



du langage

celui qui use du langage d'une façon vulgaire ou de la prose
pour autres paroles que les nécessaires aux tâches quotidiennes
celui-là aura la langue arrachée
et les lèvres du haut cousues


il n'y a qu'un seul Dieu sur la Terre et au Firmament
dans les Abysses et les Nuées
un seul Geste, une seule Voix, un seul Chemin
il n'y a qu'une seule et simple Vérité : la Poésie


désormais vous fracasserez vos idoles
burins, pinceaux et brosses, archets, ballerines,
moissonneuses batteuses, mixers et tournevis
clés USB, 3G, disques externes, aspirateurs


désormais
celui qui travaille la terre pour nourrir ses compagnons
s'il ne la célèbre par un sonnet
il la mâchera par poignées à s'en étouffer


celui qui pêche les poissons, les congèle, les sale ou les met en conserve
s'il ne le conte à la façon d'un impromptu
qu'il râle et s'étrangle d'une arête


celui qui pilote les avions du ciel ou les navettes ou les fusées
s'il revient de ses voyages sans une ligne d'épopée
qu'il soit transformé en corbeau noir et freux


celui qui répare les automobiles, les moteurs de toutes les machines
et le plombier, le frigoriste, celui qui installe les lignes électriques
ceux-là qui passent leurs jours dans les ateliers, sur les bords des routes et creusent des tranchées
s'ils ne savent choisir entre un pantoum ou bien un virelai
qu'ils soient maudits sur 7 générations et contraints
d'écrire quatre lignes en rimes embrassées à chacun de leurs jours


l'élève qui apprend de son maître
s'il ne lui rend hommage par savant acrostiche
il recevra 100 coups de fouets en place publique
pour abus d'absence poétique



car la Poésie est Tout
la Poésie est Grande
Elle seule peut nous sauver, véritablement
la Poésie est Grande !




du Poète

si comme les souris de vos granges vous ne savez que chicoter
si mécontents vous râlez grognez réclamez hurlez
si philosophes vous utilisez la raison la forme rhétorique
si vous vous rendez coupable de bavardage et de conversations et d'arguments
alors vous utilisez le langage comme un pépiement de pinson, bec ouvert sur le néant
la Poésie vous déserte, Elle est sortie de votre âme et de votre chair
et vous employez les mots du commun et des mortels et des langues quotidiennes
alors Votre Dieu, vous Le rendez malade et blême, aphasique, enroué
alors Il vous punira d'un tel blasphème

car vous outragez la Beauté, les Fleurs en suspension, l'histoire alexandrine, le Verbe haut tonitruant Mâle et Parfait, le Rose bonbon, le Chant des sphères et l'Immaculée perception



Le Poète vous montre du doigt et tonne sur vos têtes !

tombez à genoux devant la Poésie
tournez trois fois dans votre bouche la salive
avant que de parler
parmi les vocables choisissez dans la poussière
les rimes riches et les sons audacieux
parlez d'or et d'argent et de myrthe
chantez les flots les ondes et les mythes
et la vie terre à terre apprenez à la taire
à l'enfouir sous les couvercles et sous les voiles
comme femme infidèle et rebelle



sur vos basses sensations et vos vils sentiments
qui animent vos nuits et vos journées
jetez la cendre du feu du seul Dieu
et sur la misère fermez les yeux sur la faim et l'injustice

car pour qui croit dans la Poésie – louée soit Elle !
il n'y a pas d'injustice
ni misère ni faim
la Poésie est notre Nourriture, notre Vigie et notre Règle
celui qui croît en Poésie ne manque de rien, ne connaît nul tort et nul tourment
celui-là est un Seigneur de Guerre qui massacre en chantant
Il avance sur les champs de bataille les Odes plein la gorge
et connaît les Vérités octosyllabiques et les Mystères apocopes



si un enfant vous supplie de lui donner à manger
apprenez-lui à rimer
enseignez-lui le Beau Langage
frappez-le pour son babillage
sa pauvreté vernaculaire

si un mendiant vous tend la main
élevez-le à hauteur de Verbe
tournez-lui un leste compliment
versez dans sa sébile
de quoi tourner sa propre idylle


car le Poète est le Prophète, le Poète est l'Enseignant
de sa baguette Il frappe les esprits et les mollets
il redresse les dos les mots essuie la morve et le créole
enferme la langue utile dans les pots de chambre et de cuisine
impose la Beauté l'énigme ésotérique assemble les images
et tresse sur vos crânes la Flamme Unique du Dit Contrapunctique

de l'amour

ceux qui aimeront telle des bêtes
sans paroles articulées
sans poèmes et sans lyres
ceux qui trahiront l'amour de loin, le courtois, le douloureux
sans trousser nul épithalame ni madrigal
l'homme on le jettera aux chiens ou dans une geôle
offerts aux crachats des passants des rues
la femme, à défaut d'avoir été la Dame ou la Muse
on fera de son corps l'amusement des passants
ces deux-là ont trahis la haute valeur de l'amour et des romances
que le Poète chante, pleure et ensemence
ces deux-là ont comme les bêtes forniqué, joui, batifolé
en coïtant sans bouts-rimés
on leur arrachera le cœur
à la femme on couturera les lèvres du bas
et à l'homme on lui tranchera le membre
qu'ils apprennent la beauté des plaintes et des douleurs
la pleine beauté du Chant et l'eunuque Cristal des voix


des femmes

le Poète est Homme
la femme ne peut être poète, ses formes, son ventre, ses seins, ses fesses
sont manifestations charnelles et ne sont pas le miroir du Verbe et de l'Âme
la femme, si elle est jeune, nue et si ses cheveux tombent en cascade sur ses reins
la femme sera nymphe, égérie, muse
muette
la femme crue est proche des chevaux
le Poète la domptera et l'accrochera dans les nuées parmi les étoiles inatteignables, lointaines et mortes
le Poète chantera la Femme
et les femmes qui auront vieilli, qui seront ridées ou les bossues, les ventrues, les femmes à poils et à la langue pendue, ces femmes prosaïques
le Poète ne peut les chanter car le Poète ne chante que la beauté la Splendeur et l'Amertume des Joies
alors elles seront reléguées sous des draps des voiles et du sable jusqu'à la fin de leurs jours


de la Poésie

vous ne connaîtrez qu'une seule référence, la Poésie
devant Elle seule vous ferez révérence


il y eut dans l'histoire, de faux dieux et nombre d'impostures
Clio, Calliope et Melpomène furent d'antiques erreurs
Polymnie , Erato et Orphée, sous le joug d'Apollon
ne sont que figures de style, épiphénomènes
multitudes païennes sans ordre et sans églises
bonbons sirupeux, friandises
quand le Dieu Poésie brandit le Verbe et le Glaive
pour apprendre aux humains la Parole Souveraine

tout le reste n'est qu'activités d'êtres rampants
paroles dévoyées, abécédaires quotidiens, alphabets utiles

désormais pour dire la pluie vous parlerez d'ondées
et pour dire le soleil vous parlerez d'astre du jour


pour évoquer la crasse et le mal et la pauvreté
ouvrez vos dictionnaires de rimes, Bible du Croyant, Livre du Sacré
habillez le réel de bandelettes allégoriques
suivez les prêtres de la Rime, leurs processions métaphoriques
apprenez à déclamer plutôt qu'à ressentir,
à bel et bien parler plutôt qu'à réagir
à vous bien lamenter plutôt qu'à résister

vos enjambements ne seront point postures érotiques
et vos rejets ne naîtront ni de nausées ni de rancœurs
car je vous le dis, Seul est Maître le Verbe
de vos vies de vos désirs de vos envies
vos membres auront l'élégance de phonèmes et d'ellipses
votre haleine le parfum de strophes bucoliques


des autres arts

celui qui crée ou fabrique des images
celui-là, qu'on lui brûle les yeux

celui qui se sert de son corps pour danser
on lui sectionnera les pieds

celui qui modèle, sculpte la terre, la pierre, le métal et le marbre
toute chose donnée brute
il aura les doigts de ses mains coupés

celui qui crée la musique à l'aide d'instruments
autres que sa voix
celui-là on frappera l'enclume de ses oreilles
jusqu'à ce qu'il n'entende


car il n'est de Sens que le Vers


car à Dieu vous ne devez vous adresser
que par invocation ou apostrophe
ce qui de vos lèvres sort doit être florilège
et ce Dieu dont le Nom est Innommable
et qu'un code secret baptise Poète
adorez-le sans Le voir et sans Le montrer
soyez de vos frères et sœurs les ennemis
pour Lui être à Lui seul soumis

adorez-le !



le Poète est un homme
éphèbe ou vieillard
entre ces deux âges, le poète souffre, entend des Voix, erre, récolte la leçon
le Poète ne vient pas pour embellir vos vies
il vient pour délivrer le Message de l'Innommé
celui qui soufflète un Poète
c'est l'Innommé qu'il soufflète
celui qui du Poète se moque
est la larve immonde de son époque



Donné au monde le 29 janvier 2015

vendredi 30 janvier 2015

ritournelle

C'était avant l'hiver
les baisers et les crimes
sous les portes cochères

avant la pluie
avant que les pays lointains
ne soient plus de nous si loin
et perdent leurs mystères

avant les bourrasques
avant que la géographie
ne perde ses fables et ses cartes
illustrées de chimères

c'était avant la guerre
quand dans les rues le soir
l'allumeur de réverbères
allumait les réverbères
pour apaiser les passantes et les ombres

c'était avant l'hiver
avant le temps
avant les doigts croisés et les sorcières
quand les pays lointains
au loin flottaient
flottaient au-delà des mers

c'était avant les peines
l'usure des esprits
avant les cols relevés
sous l'ombrelle inutile
à Brest des parapluies

c'était avant la grêle
frappant les fenêtres et les joues
avant l'année des mésanges
des baisers et des crimes
sous les portes cochères

c'était avant que les chats
posés sur les murets
des villes se désespèrent
quand nos doigts suivaient les chemins
des cartes IGN et les voies d'eau
les chemins doux

c'était avant le rossignol
et le nom des oiseaux
avant le soir qui tombe
et le jour qui se lève

c'était avant l'hiver
sous les portes cochères



29 janvier 2015

mercredi 21 janvier 2015

6 janvier 2015




après voyage
nappe de stupeur nostalgique
là-bas fut l'ici
aux couleurs flamboyantes

le plus surprenant du retour
est la tombée du silence
la nuit
quelque chose manque
de l'ordre amphibien ou cicadoïde

l'ici retrouvé
voilà peu fut là-bas
de ma fenêtre confusion sous la pleine lune

qui fut hamac lait-doré
au-dessus du blanc de mer

après voyage
nappe de stupeur flamboyantes
là-bas fut l'ici
aux couleurs nostalgiques

jeudi 15 janvier 2015

2014 au fil des mois


de pascal quignard
la langue dérivante


***

ni ciel ni paysage le tout en teinte mouillée
sous cellophane grisant


***

penser les os


***

dans le lit de la vie
ondulante
traversée

les chants des oiseaux
des feuilles d'aluminium
froissées – jaillies des arbres


***

saint-sébastien femme
traversée par les odeurs
ivres et soudaines


***

une photographie
quelqu'un
un instant
s'est arrêté

***

le mal-esprit
et ce qui désarroit


***


longer les champs de tournesols
vergogneux


***


un détail peut faire mourir
quand la mer est en cristal
les malades et les fous
ayez pitié d'eux
les submergés
ayez pitié d'eux


***

des bouts de papiers de poésie au bout de mes doigts
qui tombent


***



le vin
l'exile
maitre tao
tombe
en titubant

le vin
l'affole
maître tao
sombre
en tourbillonnant

le vin
le fouette
maître tao
s'effondre
fanfaronnant


***

La mer gronde par en-dessous
les chats aussi


***

solitude plus absolue que celle métaphysique

la terrestre, bestiale, effrayante
elle est infertile et noire

quelqu'un a froissé mon cœur entre ses doigts
qu'il a léchés
afin que j'imagine à jamais être aimée

hors de cette paix
que l'amour procure
mes mains instables
broient du noir

les feuilles mortes sous leurs arbres :
des cœurs dépendus.

***
les appels rauques de la mer sous la vague

***

il vient
cœur à nu
vulve ouverte
il dit
prends moi
fais de moi ce que je suis
celui-là est l'homme aimé
l'érectile

***

les chevaux du soir
s'estompent dans la laisse de lumière
avec eux j'entre en douceur


***

dans le matin crépusculaire
les bêtes
furtives
retournent au secret

***

en ce monde la poésie
n'a plus son mot à dire